Le Parler en langues : Son essence, Son but et son utilisation (2ème Partie)

Par GEORGE M. FLATTERY

Cette deuxième partie examine ce que l’apôtre Paul écrit au sujet des langues et offre un guide pratique pour leur utilisation dans les rassemblements publics.

Dans cette série d’articles, nous plaçons l’accent sur l’essence, le but et l’utilisation du parler en langues. Un aperçu du début du mouvement de Pentecôte indique que l’évidence des langues en Actes 2/4 et du don des langues en 1 Corinthiens 12/4-10,28 étaient de la même essence mais différents en termes de but/objectif et usage. Plusieurs questions pratiques se posent concernant les objectifs et les usages du parler en langues.

Ces questions incluent :

  • Quel est le but du parler en langues en rapport avec le baptême dans le Saint-Esprit ?
  • Un pasteur devrait-il encourager les gens à être baptisés dans l’Esprit durant les réunions publiques ?
  • Un Pasteur devrait-il encourager le parler en langues, tout comme l’interprétation, lors des réunions publiques ?
  • Le leader d’adoration ou le Pasteur devrait-il conduire l’assemblée dans le chant en langues ?
  • Un pasteur devrait-il encourager les gens à prier en privé en langues ?

C’est le deuxième article d’une série d’un dossier qui en contient quatre. Le premier article était consacré à ce que Luc dit dans les Actes au sujet du parler en langues. Les deuxième et troisième articles présentent ce que Paul écrit au sujet des langues. Nous avons déjà considéré Paul en action à Ephèse dans Actes 19/1-6. Le quatrième article résumera nos études sur toutes ces questions.

Le principal traitement par Paul du parler en langues se trouve en 1 Corinthiens 12-14. Ceci inclut le chapitre 12/10, 28,30, 13/1-8 et plusieurs références en 14/1-40. Plusieurs passages relatés pourraient faire allusion au parler ou au chant en langues, bien que le terme ne soit pas toujours utilisé. Ces passages incluent Romains 8/26-27 ; Colossiens 3/16 et Ephésiens 5/19 et 6/18. Quand Paul écrit, il considère à la fois l’utilisation publique et privée du don des langues.

Apparemment, l’assemblée locale utilisait le don des langues de façon impropre ; aussi, Paul écrit 1 Corinthiens 12-14 comme un correctif. Dans le processus, il va bien au-delà de la correction et dit beaucoup de bonnes choses concernant les langues, autant que de l’interprétation des langues et de la prophétie. Il met hautement en valeur les langues mais il donne aussi des lignes directrices sur la manière d’exercer ce don.

En étudiant, gardons à l’esprit l’essence, le but et l’utilisation du parler en langues. L’essence des langues n’est pas différente de ce qui est dit dans les Actes. S’agissant du but et de l’utilisation, l’accent est placé par Paul sur l’édification du corps de l’église locale. Pour que le corps local de l’Eglise reçoive édification, leur communication doit être intelligible. Dans son instruction concernant l’usage des langues dans les rassemblements publics, Paul met l’accent sur le discours qui édifie. Paul enseigne que le parler en langues seul peut édifier ceux qui parlent, tandis que les langues et leur interprétation édifient le corps de Christ en entier. Les langues préparent les cœurs des croyants pour l’interprétation.

1 CORINTHIeNS 12,13

De nombreux commentateurs soutiennent que le parler en langues à Corinthe était une expérience extatique. Certains avertissent contre une perte de contrôle pendant qu’on parlait en langues. Bien que 1 Corinthiens 12/1-3 ne mentionne ni l’extase ni le parler en langues, les commentateurs peuvent faire allusion à ce passage. Toutefois, nous devons prendre certaines choses en compte.

Il est possible d’être extatique, dans un sens, sans perte de contrôle de soi, même si Paul n’utilise pas de tels termes. Il dit : “Et les esprits des prophètes sont assujettis aux prophètes.” (1 Corinthiens 14/32 Version Darby)

Parole Vivante Kuen : “Rappelez-vous qu’un homme inspiré par l’Esprit reste maître de l’esprit prophétique qui l’anime : il a donc le pouvoir de commander à son inspiration et de la garder sous son contrôle.”

En 1 Corinthiens 12/10, Paul identifie “diverses sortes de langues” (genē glōssōn) comme l’un des dons de l’Esprit. En 1 Corinthiens 12/28, il mentionne à nouveau ce don. Il répète que Dieu a placé dans l’église “diverses sortes de langues“(genē glōssōn).

Cette expression soulève deux questions-clés. Certains arguent du fait qu’il s’agit de langues humaines actuelles et d’autres qu’il s’agit de paroles qui ne sont pas des langues humaines. De toute façon, chacun est d’accord sur le fait que ce qui est dit n’a pas été appris ou compris par celui qui parle. En outre, dans les écrits de Paul, aucun exemple n’est mentionné de quelqu’un de présent qui a compris une parole en langues.

S’agissant de cette question et de l’approche de Paul en 1 Corinthiens 12-14, Fee écrit : “Dans l’analyse finale, toutefois, cette question semble sans importance. Toute l’argumentation de Paul est axée sur le phénomène de l’inintelligibilité à la fois pour  celui qui parle comme pour l’auditeur. Il n’envisage certainement pas que quelqu’un de présent soit capable de le comprendre du fait qu’il s’agirait aussi d’une langue terrestre“.

Quand une personne parle en langues, elle pourrait parler un langage humain pas compris par celui qui parle ou quelqu’un de présent. Certains ont témoigné avoir entendu quelqu’un parler dans une langue inconnue de ce lui qui parlait mais connu des auditeurs. Une personne peut prononcer des paroles inintelligibles qui ne sont pas des langues humaines. Certains objectent qu’il s’agit juste de charabia. Cependant, à mon avis, c’est un langage particulier avec un but que Dieu comprend.

Paul ne définit pas précisément l’expression “diverses sortes de langues”. Elle est similaire à l’expression “d’autres langues” du jour de la Pentecôte (Actes 2/4). Autant que les écrits de Paul sont concernés, l’expression peut faire référence à des langages humains, des langages au but particulier ou des langages d’hommes et d’anges (1 Corinthiens 13/1). En outre, plusieurs sortes de langues peuvent faire référence à la prière et au chant, en privé et en public et autant les langues que l’interprétation des langues.

Paul pose une question rhétorique en 1 Corinthiens 1/30 : “Tous parlent-ils en langues ?” Certains commentateurs soulignent cela comme une preuve que tous ne parlent pas en langues quand ils reçoivent le baptême dans le Saint-Esprit. Néanmoins, c’est vider le contexte des remarques faites par Paul. Il fait allusion à l’exercice des langues en  tant que don spirituel dans le ministère de l’église locale. Nous ne pouvons mettre cela sur un même pied d’égalité avec les langues du jour de la Pentecôte, qui n’était pas un exercice de ce don spirituel dans l’église. Les fonctions sont différentes.

Paul déclare en 1 Corinthiens 13/1 : “Quand je parlerais les langues [glōssais lalōdes hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.”

Certains commentateurs soutiennent que les “langues des hommes et des anges” font référence au discours éloquent ou extatique. Toutefois, d’autres disent que les langues des hommes et les langues des anges sont des paroles inspirées par l’Esprit, non comprises de celui qui parle. Une variation de ce point de vue est que celui qui parle comprend les langues d’hommes inspirées par l’Esprit mais que celui qui parle ne comprend pas les langues d’anges.

James D.G. Dunn, dans son livre Jésus et l’Esprit, dit : “Parce qu’il [Paul] pense vraisemblablement dans le chapitre 13/1-3 à différents types de charismata en tant que ‘langues des hommes” cela n’indique pas simplement ‘un discours humain ordinaire’ mais un discours inspiré différent de la langue vernaculaire…tandis que ‘les langues des anges’ sont une description de Paul et/ou de Corinthiens de la glossolalie.

En assurant que Paul fait référence aux charismata, les langues d’hommes pourraient inclure la prophétie comprise par celui qui parle et les langues humaines non comprises par celui qui parle. S’agissant des langues d’anges, beaucoup soutiennent que Paul parlait en hyperbole et que personne ne parle actuellement dans la langue des anges. D’autres vont plus loin et remettent même en question  qu’il y ait des langues des anges. Nous savons que les anges communiquent. Je crois que les langues d’anges sont réelles et l’Esprit pourrait inspirer quelqu’un à parler en de telles langues.

Beaucoup de commentateurs maintiennent, en se basant sur 1 Corinthiens 13/8-10, que le parler en langues a cessé. Par conséquent, ils ne pensent pas que le parler en langues soit aujourd’hui valide et authentique. Dans ce passage, Paul fait ces commentaires : “La charité ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie,  mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.

Ceux qui croient que la parler en langues a cessé citent souvent le verset 10 comme support. Ils croient que “parfait” fait référence à la Parole de Dieu ; or, maintenant que nous avons la Parole, disent-ils, nous n’avons pas besoin du don des langues. Ceux qui soutiennent que les dons spirituels sont opérationnels aujourd’hui croient que ce qui est parfait fait référence au retour de Christ.

1 CORINTHIENS 14:1–40

En 1 Corinthiens 14/1-40, Paul donne les lignes directrices pour le parler en langues dans l’église. Tandis qu’il en discute, il mentionne les langues dans la prière privée. Il fait aussi ressortir la relation proche du parler en langues et de la prophétie. Les cinq premiers versets traitent des langues et de la prophétie, ainsi que de l’interprétation des langues.

Poursuivez l’amour, et désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout de prophétiser. Parce que celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne l’entend ; mais en esprit il prononce des mystères. Mais celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même ; mais celui qui prophétise édifie l’assemblée. Or je désire que tous vous parliez en langues, mais surtout que vous prophétisiez ; mais celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins qu’il n’interprète, afin que l’assemblée reçoive de l’édification. ” (1 Corinthiens 14/1-5)

Nous adressons les langues à Dieu car Lui seul les comprend. Paul dit que celui qui parle dit des mystères (mustēria). Le mot esprit dans le verset 2 pourrait faire référence à l’esprit de celui qui parle, au fait de parler par l’Esprit de Dieu ou à l’esprit de celui qui parle étant inspiré par l’Esprit de Dieu. La dernière option a notre préférence, étant donné que l’Esprit inspire l’humain qui parle à parler en langues.

Quelquefois, Paul utilise le mot “mystères” pour désigner des vérités auparavant cachées mais désormais révélées. Toutefois, comme le théologien C.K. Barrett le dit : “Ici, la signification est simplement ‘secrets’ ; celui qui parle et Dieu partagent des vérités cachées que d’autres ne peuvent partager“.

Dans le point de vue de Barrett, celui qui parle peut être capable de comprendre son intention (1 Corinthiens 14/28) mais pas la signification des mots ou paroles. Le contenu pourrait être la prière, la louange, la confession, les actes puissants de Dieu, un fardeau personnel ou quelque chose d’autre.

S’agissant de la prophétie, nous devrions considérer à qui elle s’adresse, la relation entre révélation et prophétie et le contenu de la prophétie. Quand quelqu’un prophétise, il s’adresse aux gens dans l’assemblée. Il parle dans une langue que tous comprennent. La prophétie, comme les langues, est inspirée par l’Esprit (1 Corinthiens 12/10).

La prophétie et la révélation sont évoquées de façon très proche, mais ne sont pas totalement synonymes. La révélation fournit généralement la base du message délivré. Une prophétie peut être une déclaration soit d’une information préalable soit une information concernant une situation actuelle. Celui qui parle en apportant une révélation peut savoir que le message est important et s’applique à l’auditoire. Selon 1 Corinthiens 14/3, le contenu de la prophétie fortifie, encourage et console.

Le verset 4 compare les langues et la prophétie au regard de l’édification. Bien que le langage prononcé soit inconnu de celui qui parle, il ou elle est édifié(e). Cela suggère que celui qui parle peut comprendre, à un certain degré, l’intention des mystères évoqués. Celui qui parle bénéficie aussi de sentiments personnels d’expression envers Dieu. Par conséquent, les langues sans interprétation sont pour l’édification privée. La prophétie, quant à elle, est pour l’édification de l’église. Dans 1 Corinthiens 12/10, “interprétation des langues” est listé comme l’un des dons spirituels.

Dans le verset 5, Paul exprime son désir pour une expression spirituelle parmi les croyants. Le souhait de Paul est que tous ceux qui parlent en langues ne doutent pas qu’il est fait référence à la prière privée, mais elle peut aussi faire référence aux langues avec interprétation.

Nous devons garder à l’esprit que l’interprétation peut ne pas être une exacte traduction des paroles dites en langues. Le mot grec pour “interprète” est diermēneuēi. Selon le théologien Walter Bauer, ce mot peut signifier “expliquer”, “interpréter «ou bien  “traduire”. Cela ouvre plusieurs possibilités pour l’interprétation.

Sans une interprétation, quelqu’un qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues. L’interprète des langues s’adresse à l’assemblée. Tout comme la prophétie édifie l’église, comprendre les messages en langues apporte l’édification. Dans ce cas, quand quelqu’un interprète des paroles en langues, la valeur pour l’église est égale à celle de quelqu’un qui prophétise.

Même avec interprétation, celui qui parle s’adresse en langues à Dieu. Quand les langues sont prononcées, Dieu seule en comprend la signification. Toutefois, le message peut s’adresser à Dieu, aux gens ou les deux. L’intention et la direction seront claires lorsque l’interprétation est donnée. Le contenu peut être une louange, une prière, une illumination de la vérité de l’Evangile ou quoi que ce soit d’autre que l’Esprit souhaite dire.

En 1 Corinthiens 14/6-12, Paul compare les langues à une trompette qui sonne. Il amplifie ses remarques précédentes avec ces commentaires :

Et maintenant, frères, si je viens à vous et que je parle en langues, en quoi vous profiterai-je, à moins que je ne vous parle par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine ?  De même les choses inanimées qui rendent un son, soit une flûte, soit une harpe, si elles ne rendent pas des sons distincts, comment connaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe ?  Car aussi, si la trompette rend un son confus, qui se préparera pour le combat ? De même aussi vous, avec une langue, si vous ne prononcez pas un discours intelligible, comment saura-t-on ce qui est dit, car vous parlerez en l’air ?  Il y a je ne sais combien de genres de voix dans le monde, et aucune d’elles n’est sans son distinct. Si donc je ne connais pas le sens de la voix, je serai barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera barbare pour moi.  Ainsi vous aussi, puisque vous désirez avec ardeur des dons de l’Esprit, cherchez à en être abondamment doués pour l’édification de l’assemblée“.

Paul pose une question qui comprend l’expression “en quoi vous profiterai-je, à moins…

L’expression traduit à moins (ean mē) signifie littéralement “si non”. A partir de ce point dans le passage, il y a trois façons possibles d’interpréter ce que dit Paul.

Nous pourrions dire que quand quelqu’un parle par la voie de la révélation, de la connaissance, de la prophétie et de l’enseignement, cela rend le parler en langues sans interprétation acceptable. En d’autres termes, celui qui parle exerce ces dons ajouté au parler an langues. Cela est toutefois peu probable. Paul a déjà dit que le parler en langues sans interprétation n’édifie pas l’église. Ajouter des messages via des dons indépendants ne changerait rien.

Une autre approche consiste à dire que Paul veut dire “à moins” dans le sens de “au lieu de”. En d’autres termes, il parlera à travers une révélation, connaissance, prophétie ou enseignement au lieu de parler en langues. Les autres dons prennent la place du parler en langues sans interprétation. Cette interprétation est possible mais le passage semble dire que celui qui parle, parle en langues tout comme il exerce les autres dons.

Finalement, sans doute que Paul veut dire “à moins” dans le sens d’offrir une interprétation à travers d’autres dons. De ce point de vue, le verset suivant amplifie le message, quand Paul dit que celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que les messages en langues incluent une interprétation en vue de l’édification. Mieux dit, l’interprétation pourrait contenir de la révélation, de la connaissance, de la prophétie ou de la doctrine. Cela s’harmonise avec l’avertissement de Paul dans le verset 13 : ” C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour qu’il interprète.” Dans ce contexte, ce point de vue semble le plus logique.

CONCLUSION

Dans ses écrits, Paul traite considérablement de la nature, du but et de l’utilisation du parler en langues. Quand une personne parle en langues, cette personne ne comprend pas les sons qui sont prononcés. S’agissant du but et de l’utilisation, Paul inclut la prière privée et l’utilisation publique des langues – du moment que les langues sont interprétées. Sa préoccupation quant à l’utilisation publique est que le message édifie l’église. Quand il y a interprétation, le parler en langues édifie le corps de Christ.

Notre sujet des langues dans les écrits de Paul sera poursuivi dans le prochain article, le troisième de la série. Nous discuterons des paragraphes importants dans 1 Corinthiens 14/13-40. Le quatrième article récapitulera nos conclusions et se dirigera vers les enjeux pratiques.

GEORGE M. FLATTERY, fondateur de Network211 et recteur de l’Université Globale de Springfield, Missouri.